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Le JAZZ et le BLUES, vaste sujet
Mercredi, 19 décembre, 2018 10:58     A+ | a-
Tout le monde connaît cette blague : « Quelle est la différence entre un musicien de jazz et un musicien de blues ? » Réponse : « Le musicien de blues joue trois notes devant mille personnes alors que pour le musicien de jazz c’est le contraire … ».
Comme toujours il y a beaucoup de vérité dans les blagues comme dans les proverbes. Celle-ci nous enseigne deux choses :
1° le jazz est perçu comme une musique absconse destinée à un public averti,
2° le blues et le jazz sont deux musiques très différentes.
 
Si la première remarque appellerait beaucoup de commentaires, intéressons-nous ici à la seconde.
 
Pourquoi  y aurait-il de l’eau dans le gaz entre le jazz et la java, euh pardon, entre le jazz et le blues ?
On dit souvent que ce sont deux mondes qui s’ignorent. Les musiciens de jazz méprisant un peu les musiciens de blues, souvent autodidactes, ne lisant pas la musique, jouant toujours les sempiternelles 12 mesures du blues.
D’ailleurs, il y a des nombreux amateurs de blues qui n’écoutent pas de jazz et réciproquement, ce qui est d’ailleurs leur droit le plus strict.
 
Mais ces deux mondes ne se sont pas toujours ignorés. Le blues est une des bases du jazz. On rappelle très sommairement que le blues est une forme musicale comportant des chorus de 12 mesures avec des harmonies très particulières comme les fameuses altérations : les « blue notes » qui donnent cette couleur si originale au blues. Le blues a été propagé par des musiciens itinérants, sorte de troubadours (et pas trouvères, car on est dans le sud …) de la communauté afro-américaine du sud des États-Unis. Sur le schéma du blues, très simple, ont été développés une multitude de thèmes mis au répertoire de nombreux orchestres de jazz.
Les interprètes du blues ont la même technique que les interprètes du jazz : vibrato, attaque ferme et puissante, usage des inflexions, tempo régulier, swing. Je dirais même, s’agissant des grands bluesmen, qu’ils sont la quintessence de tout cela. Il n’y a donc pas de différence fondamentale entre le blues et le jazz dans la manière d’interpréter au contraire, en tout cas pour le jazz qui nous intéresse ici, le jazz « canal historique » si je puis oser. Mais un musicien de blues a aussi un accent, une authenticité dans son interprétation, comme pour le jazz. Le blues c’est un langage musical à l’intérieur d’un langage musical. D’ailleurs on dit d’un musicien qu’il sait jouer ou qu’il ne sait pas jouer le blues.
 
Au début du XX° siècle la musique de la communauté afro-américaine c’était surtout le blues. Les grandes chanteuses comme BESSIE SMITH en étaient les figures emblématiques. Leurs disques portaient le label « Race Record » signifiant que ceux-ci n’était pas destinés à la clientèle blanche. On est en Amérique ! De fait allait perdurer jusque dans les années 70 un courant musical strictement consacré au blues destiné à la communauté afro-américaine, même si la mention « Race Record » disparut dans les années 40.
Le blues est aussi une thématique. Les morceaux de KING OLIVER (années 20) sont pour la plupart des blues, ou des morceaux de 16 mesures avec alternance de 12 mesures. C’était une pratique courante à l’époque. Puis vint les années 30 et avec la popularité du jazz auprès du monde blanc à New York  le répertoire des orchestres évolua sous la pression des maisons de disque puisqu’on introduisit les airs à la mode de Broadway, les blues devenant beaucoup plus rares. Il fallut le génie des LOUIS ARMSTRONG, FLETCHER HENDERSON, JIMMIE LUNCEFORD, FATS WALLER et autres pour transcender ces thèmes (le plus souvent de 32 mesures) pour en faire des chefs-d’œuvre du jazz.
DUKE ELLINGTON, composant sa propre musique continua lui à utiliser abondamment le tremplin harmonique du blues dans de nombreux thèmes tout le long de sa longue carrière (le magnifique Subtle Lament un exemple parmi d’autres).
Puis les grands orchestres de style Kansas City comme celui de COUNT BASIE arrivèrent de leur cambrousse avec leur provision de blues, car eux étaient restés à l’écart d’un certain commercialisme.
Mais pendant ce temps-là le blues continuait sa vie trépidante … à Chicago essentiellement. Les « race records » continuaient d’être produits avec de nombreux chanteurs et guitariste de blues ou d’éminents pianistes de boogie-woogie (qui est du blues sur tempo rapide). Et ne croyez pas que cette musique était ignorée des musiciens de jazz afro-américains de New York. C’est ainsi que le célèbre How Long Blues de LEROY CARR fut repris par COUNT BASIE (deux fois au moins sur disque), que le Worried Life Blues de BIG MACEO fut enregistré par l’orchestre d’ANDY KIRK. D’ailleurs avec le succès de l’orchestre de COUNT BASIE le blues revint un peu en grâce dans la « Grosse Pomme », les orchestres en mettant de plus en plus à leur répertoire au début des années 40.
Pour COUNT BASIE cela devait continuer jusque dans les années 50 avec deux thèmes Every Day I Have The Blues et The Comeback  grands succès d’un certain PETER CHATMAN  qui n’était autre que le grand pianiste de blues MEMPHIS SLIM !
Le monde du blues ne fut réellement connu par la communauté blanche et les européens que vers le milieu des années 60 grâce aux groupes de rock anglais qui interprétèrent les grands succès de MUDDY WATERS, JIMMY REED …
Sous ses formes be bop et ultérieures le jazz s’est éloigné un peu plus du blues. Bien qu’il y ait eu des blues dans le répertoire des musiciens bop et cool, le traitement qui en était fait séparait un peu plus les deux publics, celui du jazz et celui du blues.
Puis avec le « Soul Jazz » dans les années 60 le blues revint avec bonheur sous une forme orchestrale. L’orgue Hammond des JIMMY SMITH, BILL DOGGETT, BROTHER JACK MC DUFF ne fut pas pour rien dans ce retour en grâce, avec les guitaristes BILLY BUTLER, KENNY BURRELL, les saxophonistes STANLEY TURRENTINE, CLIFFORD SCOTT, WILLIS JACKSON …
 
En conclusion blues et jazz sont consubstantiels, comme j’ai tenté de l’expliquer. Il n’y a pas d’opposition, au contraire l’un se nourrit de l’autre.

J’espère que ce blog parlant à la fois de blues et de jazz permettra à certain de découvrir d’autre facettes de la musique qu’ils aiment.
 
 
 
Commentaires : (1)
Gérard LAFONT
#1
19 mars 2019 8:46
Bonjour à tous, Je pense que ce débat est totalement incongru car, si on n'a jamais pratiqué de blues, on ne peut pas être un bon musicvien de jazz, même moderne. Les deux styles cohabitent et se mèlent très souvent. Personnellement je suis devenu un musicien de jazz parceque, dans mon enfance, j'ai d'abord écouté et joué du blues. Il est évident que l'apport du solfège et de l'harmonie permettent d'aborder des facettes de la musique de jazz qui étaient inconnues du temps des musiciens de blues, mais c'est comme pour la musique classique ou la variété, il y a une évolution normale des choses.Cela n'empèche pas d'apprécier ce que nous ont laissé nos ainés.
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