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Sur le JAZZ
Dimanche, 9 décembre, 2018 14:28     A+ | a-
Voilà une tâche bien ardue que de répondre à la question qu’il ne faut pas (ou plus) poser : qu’est-ce que le jazz ?

Oui cette question est devenue de nos jours complètement saugrenue, le jazz étant protéiforme comme chacun sait.  Et ses origines afro-américaines l’autorisent à se « métisser » avec un peu tout et son contraire. Chacun y va de son jazz à lui, pourvu qu’on y retrouve quelques accords de 7° agrémentés de quelques  « blue notes » de temps en temps. Et surtout de l’improvisation !
Le swing ? Comme on ne sait pas trop ce que c’est, il y en a toujours, il suffit de le proclamer.
La mode n’est plus aux « barrières » et aux limites insensées, libérons la musique.
Vous aimez la bossa-nova, le reggae, le tango et autres ?  N’hésitez pas, allez à un festival de jazz.
Remarquez que tout cela peut être pourquoi pas de l’excellente musique.
 
Mais non, pour exister et être ce qu’il est, le jazz doit être défini dans un cadre donné. En peinture, personne ne considère le peintre Signac comme un impressionniste dont il n’était pourtant pas trop éloigné. Pour le jazz, il devrait en être ainsi, des musiciens jouent du jazz, d’autres pas.  Hugues Panassié, à sa façon, a passé 30 ans à essayer de définir le jazz, sans beaucoup de succès auprès de ses contemporains.
 
Commençons par un petit historique. Sans rentrer dans les détails, le jazz a été créé par les afro-américains des Etats-Unis entre le XIX° et le XX° siècle, à partir des chants de travail d’origine africaine sans doute, des chants religieux appris par les missionnaires, des airs de danse d’origine européenne, comme le quadrille. Ne connaissant pas la musique, illettrés et fort pauvres, ils ont d’abord utilisé la voix humaine puis adapté à des instruments de fortune cet apport musical de façon originale en introduisant des harmonies inédites et beaucoup de rythme. Pour exprimer leurs sentiments ils ont aussi créé une forme musicale originale propre à leur communauté : le blues.
Dès lors, le mouvement prend de l’ampleur et avec de véritables instruments de musique nait une forme orchestrale, autour de la Nouvelle-Orléans. De même le piano connaît l’apparition du ragtime puis du « stride ». En parallèle le gospel et le blues suivent leur évolution. Tout cela a interagi au sein des afro-américains du sud des Etats-Unis.
Puis les années 20 voient l’exode des musiciens du sud vers le nord, l’enregistrement des premiers disques et la découverte de cette musique par le monde blanc. La forme orchestrale évolue vers un certain commercialisme mais de grands musiciens comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Fletcher Henderson et d’autres donnent à cet art ses lettres de noblesse.
De nombreux excellents musiciens blancs sont aussi révélés.
Dans les années 30 le jazz devient un phénomène planétaire, tout le monde ou presque danse sur du jazz. La fracture se dessine entre les orchestres commerciaux et ceux qui restent fidèles à l’esprit du jazz. Le gospel et blues, ignoré des blancs ou presque, restent à l’abri de cette tendance.
 
Les années 40 sont marquées par l’apparition d’un courant résolument révolutionnaire : le be bop. La volonté de ses promoteurs était de tourner délibérément le dos à ce qui faisait l’essence du jazz. En tout cas c’est ce que dit Charlie Parker qui déclara lors d’une célèbre interview : « Bop is no love-child of jazz it’s something enterly  separate  and apart » et « Bop is not jazz, it has no continuity of beat » [1].
Ce ne fut pas l’avis de tous les musiciens car la  force d’attraction du mot « jazz » était telle que malgré leur anti-commercialisme affiché, les promoteurs du be bop firent tout pour que celui-ci soit considéré comme jazz. Et de fait nombre de sessions be bop sont du jazz avec des trouvailles nouvelles mais restant dans le « sillon » du jazz.
Le be bop reçut un accueil très favorable de nombreux intellectuels et de l’intelligentzia car c’était une musique d’avant-garde aux harmonies proches de la musique classique européenne contemporaine, une forme d’émancipation de musiciens afro-américains se révoltant  contre la musique dite « commerciale », c'est-à-dire celle pour la danse et le spectacle, celle des musiciens « entertainers » dont Louis Armstrong était l’archétype.
Et puis c’était nouveau, tout ce qui existait avant ne comptait plus.
L’audience populaire de cette musique était assez faible car trop « musique pour musiciens », malgré quelques tentatives commerciales en contradiction totale avec les idéaux du début comme le grand orchestre de Dizzy Gillepsie ou Charlie Parker enregistrant avec des cordes.
 
La critique de jazz nouvelle, née de cette révolution, jugea alors le jazz, tout le jazz et pas seulement le be bop, à l’aune de cette nouvelle musique. Dès lors d’excellent musiciens de l’ancien style furent déclarés comme dépassés, voire médiocres.
Le critique Hugues Panassié, qui le premier comprit que le jazz était un art à part entière avec son livre « Le Jazz Hot », refusa d’assimiler le be bop au jazz. Il fut bien seul parmi les critiques, même s’il eut l’appui moral de nombreux musiciens, car les tenant du bop ayant la main sur les studios d’enregistrement, les médias, il était risqué de s’opposer à eux si l’on voulait trouver du travail.
Mais on ne réécrit pas l’histoire. Il y aura désormais le « cool » dans les années 50, puis un retour vers le blues dans les années 60 avec le soul-jazz et à chaque année sa nouveauté, le free jazz, le funk, …
Il faut innover, c’est la révolution permanente. Aujourd'hui, on invente des « jazz-fusion » divers et variés. Pour moi tout ça est un peu comme le Canada-dry, ça a la couleur du jazz, mais ...
Remarquons aussi que nombre d'excellents musiciens des années 50 à nos jours furent classés dans la rubrique fourre-tout "Rhythm & Blues" parce que leur style n'eut pas l'heur de correspondre aux canons de la nouvelle critique.
 
On comprendra donc facilement que ma préférence va plutôt vers le jazz « classique ». En ce qui me concerne, je définirais le jazz ainsi, très rapidement :
Le jazz est un langage musical.
La musique de jazz dont je parle ici doit avoir un  vibrato apportant une certaine chaleur et émotion, une attaque puissante, des développements sur les thèmes (improvisations) gardant une ligne mélodique cohérente, « racontant une histoire », l’usage des glissandos et des inflexions pour donner aussi de l’émotion, et une pulsation régulière, avec décontraction que l’on nomme swing, voilà tout le jazz que je promeus dans ce blog. En somme, ce n’est pas le thème qui fait le jazz, mais la façon de l’interpréter. L’exposé très personnel d’un thème peut contenir plus  de jazz qu’une improvisation quelconque. Et tout ceci se retrouve dans le blues et le gospel.
 
Et le jazz aujourd’hui ?
 
Le jazz est aujourd'hui passé d’une musique de créateurs, à une musique de répertoire, comme la musique classique. C'est-à-dire que les musiciens de jazz actuels, la plupart du temps excellents musiciens  techniquement et musicalement, jouent « à la Fats Waller », à la « Erroll Garner », « à la Bud Powell » etc. On va reprendre des formules (trio, quartets, big bands …) qui ont marqués l’histoire du jazz. Comme on joue Mozart, Brahms et autres. Paradoxalement beaucoup de jeunes musiciens s’intéressent au jazz et particulièrement au jazz classique. Car si on parle de répertoire, c'est dans ce jazz-là que l’on peut le plus facilement puiser selon moi.
Tout cela donne souvent de la magnifique musique que je suis ravi d’applaudir en concert.
 
Mais, dans le silence de ma discothèque, j’avoue que mes écoutes se portent plutôt vers des musiciens aujourd’hui disparus. L’interprétation étant l’essentiel de l’œuvre en jazz, nous disposons d’un patrimoine unique avec les disques de jazz publiés depuis les années 20 à aujourd'hui ! Pourquoi un disque de Pete Johnson serait-il « démodé » alors que nous nous pressons dans les musées pour admirer les impressionnistes. Il y a eu bien d’autres merveilleux pianistes depuis mais il n’y a eu qu’un Pete Johnson.

On trouvera donc dans ce blog des disques appartenant à différentes époques du jazz, sans complexe, et, j’espère, quelques disques de musiciens actuels.  
 
 
[1] « Le Bop n'est pas l'enfant-chéri du jazz, c'est quelque chose d'entièrement séparé,  à part ». « Le Bop n'est pas du jazz, il n'y a pas de tempo régulier »
 
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