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HARLEM À LIMOGES
Dimanche, 2 décembre, 2018 10:54     A+ | a-
Il est une ville en France, un peu cachée sur les contreforts ouest du Massif Central, récemment dépossédée de son statut de capitale régionale : Limoges.
Pour certains elle évoque les charmes de la ville à la campagne, pour d'autres la relégation au plus profond de la France rurale. Peu importe le camp dans lequel vous vous situez, sachez que Limoges fut (et est encore souhaitons-le)  une capitale du jazz en France !
Et ceci grâce à l'énergie d'un petit bonhomme passionné, Jean-Marie-Masse.
Né à Limoges, homme de radio, musicien, peintre, organisateur, il a su créer une telle dynamique sur le jazz dans sa bonne ville de Limoges, que nul  limousin n'ignore le nom de Jean-Marie Masse. Il créa d'abord le Hot Club de Limoges qui fut une véritable université du jazz produisant de nombreux connaisseurs qui allaient eux-mêmes être des acteurs de cette musique. Il anima des émissions de jazz sur Radio Limoges, très écoutée dans toute la région, sa personnalité et sa présence au micro faisant qu'il élargit vite ses émissions à d'autres domaines, comme le cinéma. Enfin il organisa de nombreux concerts en faisant venir à Limoges les plus grands artistes américains ou européens, se payant même le luxe d'inviter l'orchestre de Duke Ellington !
De cela, on ne parlait pas en dehors des frontières de Limousin, sauf les musiciens qui eux, savaient. C'est que le jazz de Jean-Marie-Masse était celui qui swinguait. Il n'avait jamais admis que le Be Bop fut du jazz, restant fidèle à Hugues Panassié avec qui il fut très lié dans sa jeunesse, même si par la suite il ne compta pas parmi les béni-oui-oui du célèbre critique de Montauban bien qu'il partageât à 100% ses idées sur le jazz. Jean-Marie Masse avait cette très belle définition du jazz  "C'est la musique enfantée dans la douleur par le peuple noir américain, qui inventa le swing, la quatrième dimension de la musique, après le rythme, la mélodie et l'harmonie", on ne peut mieux dire.
Jean-Marie-Masse nous a quittés en 2015. La ville de Limoges a dignement honoré son enfant en récupérant le fonds d'archives et la discothèque unique de Jean-Marie Masse et en créant une fondation en son nom. Bravo ! Et en 2018 a été organisé HOT VIENNE une manifestation regroupant des expositions, des concerts, des conférences centrés sur le jazz et l'oeuvre de Jean-Marie Masse. Un beau livre et un disque d'enregistrements inédits ont été édités à cette occasion : HARLEM À LIMOGES.
Tout va donc bien, d'autant que le livre contient une riche iconographie et le disque d'excellente musique qui méritait d'être publiée.

Je regrette seulement que dans un livre d'hommage à Jean-Marie Masse, on n’ait pas  respecté ses choix musicaux, quitte à les critiquer en d'autres lieux. Or à la lecture de ce livre j'ai été déçu par l'article sur Hugues Panassié, qui compta tant pour Jean-Marie Masse. L'auteur, Pierre Fargeton, universitaire, a voulu décrire les sept lieux qui selon lui firent Panassié. Il se veut "objectif" mais on sent une certaine condescendance peut-être involontaire, fruit de sa proximité avec André Hodeir. Il insiste lourdement sur la jeunesse de notre critique dans un château de l'Aveyron, ses origines familiales, sa difficulté à vivre à Paris, etc. On sait tout sur le nom de sa première épouse, les prénoms de ses premiers enfants, qui il fréquentait. Puis l'auteur raille le travers de Panassié qui avait tendance à considérer tout ce qui émanait des « noirs » américains comme supérieur. Puis le refus du be bop, selon l'auteur : « Son apport [celui de Panassié] déterminant en sera définitivement obscurci ». Vous ne trouverez pas un mot dans cet article sur les raisons musicales qui poussèrent Panassié, et donc Jean-Marie Masse, à refuser cette musique. Pas de référence au Bulletin du Hot Club de France qu'il rédigea pendant 24 ans (« l'œuvre principale de Panassié » selon le critique américain Stanley Dance, et qui existe toujours), pas de liste de ses livres. Que des détails d'ordre privé. Il n'y a aucune empathie vis à vis d'Hugues Panassié. Confier la rédaction du chapitre sur Hugues Panassié à  une personne qui, même sincère je n'en doute pas, ne le connaît qu'au travers du prisme déformant de sa correspondance avec André Hodeir est une faute de goût et je me modère.
Quant au disque édité à l'occasion de HOT VIENNE, Daniel Nevers, docteur en philosophie, quelquefois mieux inspiré, en a conçu le livret. On y apprend que Jean-Marie Masse ne connaissait rien au jazz Nouvelle-Orléans ! Drôle d'hommage. On nous annonce aussi une plage de Lionel Hampton qui, à l'écoute, s'avère être de Jonah Jones ! Sans doute un problème technique, accordons le bénéfice du doute à notre critique, quoique ... "
 En cinquante ans je n'ai jamais vu une de ces personnes à Limoges " m'a dit un ancien membre important du Hot Club de Limoges au sujet de la majorité des contributeurs à ces documents.
D'autres articles contiennent aussi quelques piques sur le critique de Montauban, voire sur Jean-Marie Masse, mais il y a, fort heureusement, d'excellentes et d'émouvantes contributions, qui font la valeur du livre avec l'iconographie.

Jean-Marie Masse n'avait aucun titre universitaire et il aimait la simplicité, le naturel du jazz. Il a donné beaucoup de joie aux limousins, celle du jazz tel qu'il l'aimait. Ces docteurs Diafoirus qui pontifient autour de l'héritage de Jean-Marie Masse ont parfois le grotesque de ceux de Molière. Notre Jean-Marie aurait bien rigolé.

C’est ce que je vais faire maintenant mais je vous recommande néanmoins ce livre chaleureusement.

A commander avec un chèque de 39€ à Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges, 2 place Aimée Césaire, 87000 Limoges (frais de port inclus)
 
Commentaires : (2)
Pierre Christophe
#2
18 avril 2019 16:51
Ah bon? J'apprends que Jean Marie Masse ne connaissait rien au jazz Nouvelle-Orléans!

Alors ce n'est sans doute pas lui qui fit venir en 1949 la formation de Mezz ( mon 2ème concert de jazz après celui de Rex Stewart) avec, excusez du peu!, Baby Dodds, Pos Foster, Jimmy Archey, Henry Goodwyn, le tout jeune Bob Wilber. Ce n'est pas lui qui fit venir la formation de Kid Ory en 1956. Ce n'est pas lui qui nous a fait entendre les fameux disques 78t King Jazz de Mezzrow Bechet, venus à grand peine des USA à Limoges peu après la guerre, ni lui qui fut l'admirateur et ami intime d'Albert Nicholas. Ni encore lui qui s'acharna à nous faire percevoir tout le swing typiquement N.O. du press-roll de Minor Hall au travers de sa souplesse!

Bref, il était temps que je sois informé des lacunes de Jean, moi qui l'ai côtoyé depuis 1947 sans rien voir!
MADEC Bernard
#1
14 avril 2019 11:38
J'ai connu Jean Marie, au siècle dernier, attiré par ses concerts, pourtant à plus de 3 heures de mon domicile. Critiqué par beaucoup, même les musiciens, pour certaines de ses affirmations, pour son accoutrement vestimentaire... certains affirmaient qu'il avait la même veste depuis plus de 20 ans !!! Mais c'étaient toujours des critiques amicales, des rigolades de potaches. J'admire son parcourt et toutes ses réalisations. Quelle superbe radio... que du bon jazz, 2ah sur 24. Qui peut en dire autant ? Merci Jean Marie.
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