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RAY NANCE - Le violoniste qui jouait de la trompette
Jeudi, 4 février, 2021 16:51     A+ | a-
RAY NANCE fut une pièce maîtresse de l’orchestre de Duke Ellington pendant 23 ans, prenant tout au long de ces années un grand nombre de solos. Mais il faut se rendre à l’évidence : très peu d’articles de fond lui ont été consacrés dans les revues et la documentation internet est plutôt sommaire à ma connaissance [1]. Seule pièce de choix : un article très fouillé de Stanley Dance dans Down Beat de juin 1966. Il a repris cet article in extenso dans son livre The World of Duke Ellington (1970) pour constituer le chapitre consacré à Ray Nance.

On peut expliquer ce manque d'intérêt pour Ray Nance par l'ombre que lui faisaient ses immenses prédécesseurs au sein de l'orchestre de Duke : Rex Stewart et Cootie Williams. Sans compter ses talentueux voisins de pupitre : Harold Baker, Taft Jordan, Clark Terry, Willie Cook ... D'autres diront que ce n'était plus l'âge d'or de l'orchestre, ce qui se discute, car le Duke des années Ray Nance (de 1941 à 1963, voire au-delà) était d'une certaine façon un autre Duke avec un autre son qui n'a pas toujours été  apprécié à sa juste valeur. Et lorsque Ray Nance était dans l’orchestre, la critique musicale en général ne s’intéressait plus qu’au be bop.

Trompettiste, violoniste, chanteur, danseur, Ray Nance était un artiste aux multiples facettes ou plutôt un jazzman complet, car la musique instrumentale, le chant et la danse sont intimement liés dans le jazz.

A titre personnel, j’aime beaucoup le trompettiste Ray Nance, mais c’est Ray Nance violoniste que je préfère. Petit, plutôt chétif, Ray Nance n’a pas le physique usuel du trompettiste, un gars plutôt costaud pour souffler dans cet instrument. Cela  ne l’empêche pas d’être souvent excellent à la trompette,  il joue avec allant, invention et surtout émotion, mais il manque un peu de puissance parfois de mon point de vue.  Et c’est au violon qu’il est le plus grand, je le trouve plus à l’aise sur cet instrument c’est pourquoi  j’ai intitulé ce modeste article « Le violoniste qui jouait de la trompette ».

Willis Raymond Nance est né en décembre 1913 à Chicago et va bénéficier d'une solide formation musicale. Dès l’âge de 6 ans sa mère lui enseigne le piano pendant 3 ans. Puis pendant 7 ans le jeune Ray  se met au violon et suit les cours de Max Fischel un professeur réputé de Chicago qui a écrit de nombreuses méthodes de violon pour la musique classique. C’est donc à 18 ans un violoniste parfaitement formé qui décide alors d’apprendre la trompette pour, dit-il, s’entendre sur un instrument plus puissant. Il se forme en partie seul et en partie en suivant  les cours du Major Clark Smith. Il n’a alors qu’un but : devenir musicien professionnel et bien sûr de jazz.
Il créé un petit orchestre à Chicago, qui a tout de suite beaucoup de succès, mais son premier engagement important se fait au sein de l’orchestre d’Earl Hines. Il enregistre à l’occasion pour la première fois en 1938 en tant que chanteur (Tippin' At The Terrace - Jack Climbed A Beanstalk), car les solos de violon étaient pris par Darnell Howard et les solos de trompette par Walter Fuller.
 
Puis le voilà engagé par Horace Henderson en 1939 et son premier solo sera dans Kitty On Toast [2]. Il n’est pas étonnant que le premier solo enregistré par Ray Nance soit au violon. C’est son instrument d’origine sur lequel il brille, et c’est tout naturellement qu’Horace Henderson a dû lui confier un solo. Si on veut tenter de définir son style disons que Ray Nance joue avec chaleur, qu'il a le don d'aller là où ne l'attend pas tout en respectant une continuité mélodique. Mais non sans audace sur le plan harmonique, avec parfois des notes "dissonantes" par l’utilisation des « doubles cordes » (l’archet frotte deux cordes à la fois, technique utilisée en musique classique par les grands violonistes dans les « cadences »), notes « dirty » donnant un son particulier très jazz.  Il peut jouer une mélodie avec beaucoup de grâce et soudain être plus rythmique en pratiquant le pizzicato.  Et il swingue !
Au fait, qui a inspiré Ray Nance au violon ? Voilà ce qu'il dit : "C'est certain, Stuff Smith est le roi du swing sur cet instrument et il en a une approche presque violente. La mienne est, je pense, plus orthodoxe et proche du style d'Eddie South".

Horace Henderson Orchestra
Emmett Berry, Harry "Pee Wee" Jackson (tp) Ray Nance (tp,vln-1,vcl) Edward Fant, Nat Atkins (tb) Dalbert Bright (cl,as) Willie Randall (as) Elmer "Skippy" Williams, Dave Young (ts) Horace Henderson (p) Hurley Ramey (g) Jesse "Po" Simpkins (b) Oliver Coleman (d) Viola Jefferson (vcl) Fletcher Henderson (dir,arr)
Chicago, February 27, 194
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Ray Nance va quitter Horace Henderson qui partait en tournée, car il ne souhaitait pas voyager ...
Il reforma donc un petit groupement et se remit à jouer dans les clubs de Chicago, au début des années 40. C’est au cours de cette année-là que le trompettiste Cootie Williams quitta Duke Ellington. Il fallait le remplacer d’urgence. L’orchestre était précisément à Chicago à cette époque et les musiciens de Duke allaient fréquemment écouter Ray dans son club. Ils le recommandèrent à Duke, qui l’engagea immédiatement en octobre 1940. Pour quelqu’un qui n’aimait pas partir en tournée, Ray Nance restera 23 ans chez Duke Ellington à parcourir la planète !
Ray Nance devait tout de suite se signaler en prenant le solo de trompette sur un morceau de Billy Strayhorn qui allait devenir l’indicatif de l’orchestre : Take the A train. Ce solo remarquablement développé sur le plan mélodique est devenu partie intégrante du thème lui-même. A tel point que chaque trompettiste qui  joue Take The A train reprend le solo de Ray.
Ray intervient au violon dans les enregistrements du Duke Ellington Orchestra de cette époque (C Jam Blues, It Don't Mean A thing avec Taft Jordan ...), mais ses interventions sont alors assez courtes.

Nous pouvons l'entendre au violon plus longuement dans Penthouse Serenade avec Eddie Heywood en 1944 en compagnie d'un grand saxophoniste plein de chaleur : Don Byas. Ray Nance fait chanter cette mélodie un peu "sweet" avec émotion.

Eddie Heywood And His Orchestra
Ray Nance (tp-1,vln-2,vcl) Aaron Sachs (cl) Don Byas (ts) Eddie Heywood (p) John Simmons (b) Shelly Manne (d)
New York, May 2, 1944

Comme notre violoniste joue aussi de la trompette je voudrais quand même donner un aperçu de son talent sur cet instrument au travers d'une belle mélodie de Billy Strayhorn, Snibor [3], surtout connue pour l’interprétation de Johnny Hodges quelques années plus tard..
Dans cette version orchestrale de 1949 Ray Nance prend un très beau solo de trompette, très représentatif de son style : s’il n’a pas un volume très ample, il joue avec lyrisme et son improvisation est originale comme toujours. Sa sonorité est chaleureuse ce qui lui permet de transmettre beaucoup d’émotion. Un grand trompettiste assurément. Plus généralement les improvisations de Ray Nance sont toujours inattendues, à la trompette comme au violon.

Duke Ellington
Harold "Shorty" Baker, Al Killian, Nelson Williams, Dave Burnes(tp) Ray Nance (tp,vln,vcl) Lawrence Brown, Quentin Jackson (tb) Tyree Glenn (tb,vib) Jimmy Hamilton (cl,ts) Johnny Hodges (as) Russell Procope (as,cl) Charlie Rouse, Jimmy Forrest (ts) Harry Carney (bar,cl,b-cl) Duke Ellington (p) Wendell Marshall (b) Sonny Greer (d) Kay Davis, Al Hibbler, Lu Elliott (vcl)
New York, September 1, 1949
 

Voilà ce que disait  Duke Ellington sur Ray Nance  (Music is my Mistress) :
" Ray Nance n’a jamais joué une fausse note de sa vie, ce qui en fait un personnage unique parmi les artistes attachés à la liberté d’expression en musique. Chanteur, violoniste, trompettiste et danseur : Il est excellent en tout ! La qualité remarquable de ses solos ne lui a jamais fait prendre la grosse tête. Il jouait ses parties dans la section de trompettes avec un sens éprouvé du travail d’ensemble et n’exigeait pas la moindre reconnaissance pour ses prestations exemplaires au sein de la formation. Plus d’une fois il s’est lancé spontanément dans une improvisation pour remplacer un collègue défaillant. Il participait peu, me semble-t-il, aux activités et distractions nocturnes de la bande, mais quand il bossait, il se donnait à fond, au-delà même de ce qu’exigeait le sens du devoir. C’est un pur artiste, et aucun trompettiste n’improvise sur le « Take The A Train » de Billy Strayhorn sans citer des passages de son solo dans le premier enregistrement de ce morceau. Je connaissais très bien tous les membres de sa merveilleuse famille, si accueillante, qui vivait à Chicago où il est né et a grandi. Il a rejoint l’orchestre en 1940 et il est resté avec nous plus de trente ans. Que  dire d’autre de cet homme de petite taille, mais qui dominait de dix coudées ses collègues et concurrents ? Ray Nance est unique ".

Pour illustrer les propos de Duke à l'egard de Ray Nance, écoutons Chili Bowl [4], une plage de 1954 où Duke joue avec un seul membre de sa section mélodique. Il s’agit d’un duo Duke Ellington – Ray Nance avec la section rythmique seulement. A ma connaissance et sauf erreur, c’est le seul exemple de ce type [5]. Cela confirme combien Duke appréciait le travail de Ray Nance.
C’est un blues qui semble totalement improvisé à partir de quelques riffs du Duke.  C'est le nouveau Duke qui émerge ici en quelque sorte : concision, jeu très rythmique, attaques foudroyantes, tout cela annonce l'album  « Piano in The Foreground ». 
De Ray Nance on remarquera son aisance sur le blues en plus de ses qualités habituelles : invention, harmonie, swing ... Et tout ça bien accompagné par le batteur Dave Black et le bassiste Wendell Marshall.
J’en profite pour dire que Ben Webster avait surnommé Ray Nance : « Root ». A l'époque on entendait souvent "Well all reet, well all root, well all right" (Big Joe Turner) ou "Are you reet ? Are you root ?" (Cab Calloway). Appliqué à Ray Nance je traduirais donc "root" par "bien" ou "bon", voire "parfait". Ma traduction est sous toutes réserves [6]. D'où le titre de l'article de Stanley Dance "Warm Root", il a rajouté "chaleureux" ce qui est tout à fait justifié.

Duke Ellington And His Orchestra
Ray Nance (vln) Duke Ellington (p) Wendell Marshall (b) Dave Black (d)
Hollywood, CA, September 1, 1954


Boo Dah sera notre deuxième exemple relativement méconnu de son talent à la trompette. Je ne résiste pas au plaisir de proposer à l'écoute ce beau solo de Ray Nance dans cette composition de Billy Strayhorn. Celui-ci est encore une fois remarquablement construit. Sa belle sonorité, très chaleureuse, nous est bien restituée.
Au fait quels étaient les musiciens favoris de Ray Nance ? Il cite Louis Armstrong, Duke Ellington, Art Tatum et Jimmy Blanton.
« Mon esprit  ne va pas dans la direction de Dizzy Gillespie, quoique j’aimerais avoir son habilité à la trompette. Je pense  que je joue avec plus de spontanéité (emotion impulse)  plus que tout autre au violon et à la trompette. Le jazz, c’est de l’émotion, de mon point de vue. (Jazz is feeling, in my opinion) » (Down Beat 30 juin 1966)

Duke Ellington And His Orchestra:
Clark Terry, Willie Cook, Cat Anderson (tp) Ray Nance (tp,vln,vcl) Quentin Jackson, Britt Woodman, Juan Tizol (tb) Jimmy Hamilton (cl,ts) Rick Henderson (as) Russell Procope (as,cl) Paul Gonsalves (ts) Harry Carney (bar,b-cl,cl)  Billy Strayhorn (p)  Wendell Marshall (b) Butch Ballard (d) Jimmy Grissom (vcl)
Hollywood, April 9, 1953

Parmi les meilleures interventions de Ray au violon on peu citer entre autres Dance #3 (Liberian Suite) (1947), It Had To Be You avec Johnny Hodges (1956), Come sunday de la suite Black, Brown and Beige de Duke Ellington  (1958).


Mais nous allons terminer en beauté par deux morceaux, sorte de concertos pour violon et orchestre ellingtonien, où Ray Nance est "at his best" selon moi.
En 1960 Duke enregistre la  « Suite Thursday  ». Composée à l’occasion du festival de Monterey,
Suite Thursday fait référence à un roman de John Steinbeck « Sweet Thursday » dont l’action se passe à Monterey. Lay - By est l’une de ces  « pièces », basée sur la structure du blues classique de douze mesures. On ne dira jamais assez ce que Duke Ellington a réussi à faire avec ces douze mesures dans l’ensemble de son œuvre. Après deux chorus de piano de Duke très ciselés et concis, mais très swinguants, l’orchestre entame quatre chorus de riffs aux sonorités très ellingtoniennes qui constituent le thème du morceau.
Puis vient le grand moment : Ray Nance improvise  au violon sept chorus avec un swing et un feeling  exceptionnels, alternant harmonieusement les passages legato et pizzicato. Remarquablement soutenu par Sam Woodyard et Aaron Bell qui swinguent comme jamais.
On a sans doute un des plus beaux solos de violon jazz. Il faut aussi entendre l’accompagnement de Duke ("our pianist") pendant le solo de Ray.
Ray Nance ne cherche pas la virtuosité ou à briller d’une quelconque façon : Il joue c’est tout, « Jazz is feeling, in my opinion ». Une leçon de jazz, in my opinion … 
Selon Stanley Dance, Duke disait aussi : « Raymond ? Il a un goût parfait … ».
Ray Nance a confié à Stanley Dance que Duke donnait les orchestrations aux musiciens seulement quelques heures avant l’enregistrement, il aurait aimé avoir plus de temps pour les travailler. Sauf pour la « Suite Thursday » dit-il, où l’orchestre l’avait jouée dans des concerts auparavant, et bien sûr à Monterey.

Duke Ellington And His Orchestra:
Fats Ford, Willie Cook, Ed Mullens (tp) Ray Nance (tp,vln) Booty Wood, Lawrence Brown, Matthew Gee, Juan Tizol (tb) Jimmy Hamilton (cl,ts) Russell Procope (as,cl) Paul Horn (as) Paul Gonsalves (ts) Harry Carney (bar,b-cl) Duke Ellington (p) Aaron Bell (b) Sam Woodyard (d)
Hollywood, October 10, 1960
 
 
Encore un dernier morceau pour illustrer l'immense talent de Ray Nance au violon. Avec Fiddler On The Diddler nous avons un dialogue entre le violon très subtil de Ray Nance et la section de saxophone sur un tempo moyen bien soutenu par la belle contrebasse de John Lamb et la batterie de Sam Woodyard dont l’impulsion initiale est réjouissante de dynamisme.
Un des meilleurs morceaux de Ray Nance.

Duke Ellington And His Orchestra:
Cootie Williams, Cat Anderson, Herbie Jones, Mercer Ellington (tp) Ray Nance (tp,vln,vcl) Lawrence Brown, Chuck Connors, Buster Cooper (tb) Jimmy Hamilton (cl,ts) Russell Procope (as,cl) Johnny Hodges (as) Paul Gonsalves (ts) Harry Carney (bar,cl,b-cl) Duke Ellington (p) Billy Stayhorn (p-1) John Lamb (b) Sam Woodyard (d)
New York, April 14, 1965
 
Les disques où Ray Nance est au violon sont nombreux, avec divers musiciens. Le lecteur qui m'aura suivi jusqu'ici pourra découvrir son travail avec Ellington, les elligtoniens et d'autres encore en consultant les discographies.

Je voulais simplement mettre l'accent sur cet excellent musicien, qu'il faut aborder avec attention et concentration pour profiter pleinement de son talent. Très apprécié de ses confrères il aurait mérité plus que de l'estime de la part des amateurs et des critiques.
C'est pourquoi j'ai essayé de braquer le projecteur sur Ray, c'est le but de ce blog que de parler des figures du jazz un peu oubliées.


 

[1] Notons un article de Bernard Niquet dans Jazz Hot de novembre 1970 qui souffre d'un manque de matière discographique, car certains morceaux mettant Ray Nance en valeur étaient encore inédits (mais pas tous ...).

[2] A vrai dire le premier solo de Ray Nance est à la trompette (Earl Hines Ridin' A Riff 1937) comme me l'a fait remarquer un ami. Mais il est moins en vedette que dans Kitty On Toast qui lui est presque entièrement dédié y compris les quelques mesures de trompette à la fin du morceau.

[3] Ce disque n'a pas été publié à l'époque de son enregistrement comme d'autres qui vous sont ici proposés à l'écoute.
Un critique français fort influent des années 1950-60 estimait que Duke Ellington ne créait plus après 1945. Ignorait-il l'attitude des compagnies de disque et le combat que Duke menait pour se faire enregistrer et garder son orchestre ?  Les dites compagnies ne voulaient que les titres les plus populaires qui avaient fait la notoriété de Duke de 1928 à 1940. Au fur et à mesure des parutions d'inédits on voit qu'il n'en est rien et que Duke Ellington a poursuivi jusqu'à la fin son œuvre immense.

[4] Encore un disque qui ne fut pas publié à l'époque ...

[5] Pour être plus précis 4 titres furent enregistrés pendant cette séance dont 2 avec le chanteur Jimmy Grissom.

[6] On me signale que cela pourrait aussi signifier "relax", ce qui irait bien à Ray Nance

 
Commentaires : (1)
Claude-Alain CHRISTOPHE
#1
03 mars 2021 18:52
Bravo pour cette mise en valeur de ce musicien que j'aime tant.
Pour moi, il entre dans le top 10 des plus grands trompettes de jazz.
Il joue continuellement avec une émotion palpable et une magnifique sonorité.
Et bien sûr, c'était aussi un grand violoniste et un showman d'exception que j'ai eu la chance de voir à plusieurs reprises au sein de l'orchestre de Duke. Mais c'est quand même en tant que trompette qu'il reste le plus connu.

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