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HAMPTON HAWES, bopper peut-être, swingman sûrement
Lundi, 18 mars, 2019 10:30     A+ | a-
Le pianiste HAMPTON HAWES est classé comme bopper, et cela semble plutôt naturel à l'écoute de ses enregistrements.
Nombre de ses phrases sont empruntées directement à CHARLIE PARKER (avec lequel il était ami), en passant par la case BUD POWELL (mais ce n’est pas sûr car il avoue s’être inspiré directement de CHARLIE PARKER). Peu importe tout cela, car encore une fois, en jazz c’est la façon de jouer qui compte. Par façon de jouer j’entends l’accent particulier que l’on va donner aux phrases que l’on joue.
Or de ce côté-là il se distingue selon moi de la plupart des pianistes bop de sa génération.
Prenons par exemple All The Things You Are enregistré en 1955. Je l’entends comme un hommage à ART TATUM. Après une belle introduction hors tempo très musicale et chantante, pleine de trouvailles, HAMPTON HAWES démarre son improvisation avec un swing irrésistible, une ligne mélodique qui malgré sa complexité harmonique raconte une histoire, là où d’autres avec les mêmes notes me donnent l’impression de faire leurs exercices.
Et ce style ! Une attaque cinglante dans la tradition des EARL HINES, ART TATUM, NAT KING COLE, une énergie, une envie de jouer, de donner du plaisir à l’auditeur, ce qui ne saute pas toujours aux oreilles dans le bop. Son tempo est souple  et régulier, il swingue ferme tout au long du morceau. Et  il n’hésite pas à utiliser les « block-chords » (accords plaqués avec les deux mains simultanément qui donnent un jeu très rythmique) formant un contraste intelligent avec son jeu par ailleurs délié, ce qui renforce si besoin était le swing. Il y a un côté jubilatoire dans son jeu de piano.
Quand on sait que HAMPTON HAWES a commencé par le gospel, qu’il est plus ou moins autodidacte, on comprend mieux sa technique de piano, plus proche de la tradition du jazz classique que de la musique européenne. Il aurait regretté de ne pas avoir fait d'études « classiques » de piano, je m'en réjouis.
 
 

Certes, mon enthousiasme est plus tempéré quand HAMPTON HAWES interprète des morceaux  hyper-bop du style tempos casse-cou avec 100 notes à la seconde, malgré la qualité du jeu de piano.
 
Mais il y a beaucoup à glaner dans la discographie d’ HAMPTON HAWES.  Prenons par exemple cette version de Thou Swell de 1958.
Après une introduction très originale et très rythmique, nous retrouvons les qualités de notre pianiste décrites ci-dessus. Ici très peu de « block-chords » mais ce morceau laisse apparaître une influence, subtile peut-être, celle d’ERROLL GARNER dans le jeu de main droite. J’admire la construction extrêmement élaborée de son improvisation, on dirait que tout ça a été écrit.
Je suis là aussi frappé encore une fois par la musicalité, le tonus, la jubilation de cette musique.
 
 

Comme All the things you are, Stella by Starlight commence par une introduction ici plus « garnérienne »  que « tatumienne » si je puis dire. Puis HAMPTON HAWES nous régale de son jeu si swinguant. Quel punch !
 

Pour compléter cet aperçu du talent d’ HAMPTON HAWES écoutons-le dans Blues The Most blues rapide où il n’oublie pas de swinguer. S’il donne ici un peu plus libre cours à son extraordinaire technique, il n’en oublie pas moins la musique.
 
 

Un magnifique pianiste que je trouve insuffisamment apprécié à sa juste valeur par  les « modernes » et trop ignoré par les « classiques ».

Humeur : L'article sur HAMPTON HAWES  dans Wikipédia anglais indique que le « piano boogie woogie d'EARL HINES l'aurait influencé ». Ce pauvre EARL HINES n'a enregistré qu'un seul boogie dans sa longue et si riche carrière, mais ça suffit pour le cataloguer. Dans Wikipédia  tout le monde peut écrire, cela donne une macédoine plus ou moins digeste dont il ne faut pas abuser.
 
 
Commentaires : (8)
PAGOT
#8
18 mai 2019 20:40
Si je peux me permettre une supplique, certains musiciens sont encore en vie voire en activité à plus de 90. Parlez d'eux contrairement à des magazines français qui n'annonçaient pas leurs venues en France et mettaient un entrefilet dans leurs colonnes pour annoncer leur mort. Je pense à Kenny Drew, Duke Jordan et tant d'autres. Cordialement

P.-S. Vous m'avez en partie convaincu puisque j'écoute Hampton Hawes
Gabriel
#7
09 mai 2019 7:30
Je vois bien que ce sujet vous tient particulièrement à cœur et que mes réponses ne vous ont pas satisfait. Si très involontairement, je vous ai blessé dans ce que j’ai pu écrire, je vous présente mes excuses.



Je respecte totalement votre point de vue, j’ai bien noté qu’il était en désaccord avec ce que j’écris. Je ne nie pas vos arguments très pertinents qui montrent votre profonde connaissance du jazz et qui sont de nature à nourrir l’opinion de ceux qui nous lisent. Je les publie donc sans modération.



Ce petit blog sans prétention – à l’audience confidentielle, relativisons les choses – a pour sujet une musique qui devrait nous apporter à tous de l’émotion, voire de la joie. Comme je le dis quelque part dans ce blog, je n’ai pas la prétention d’avoir la vérité révélée. Il ne s’agit pas d’imposer un point de vue mais d’exposer un point de vue. Aussi, même si cela pourrait être possible, je ne souhaite en aucune façon polémiquer, cela n’a jamais servi la cause du jazz. Passons plutôt notre temps à écouter cette musique.



Vous avez contribué à donner une vie et une dynamique à ce blog, et je vous remercie de vos contributions.
PAGOT
#6
08 mai 2019 19:59
Merci de m'indiquer les morceaux, et à quel endroit, on perçoit l'influence d'Erroll Garner chez Hampton Hawes. Faut pas répéter tout wikipedia, il faut écouter. Alors que l'influence d'Erroll GARNER est très présente chez Phineas Newborn. J'ai souffert en écoutant Thou Swell plusieurs fois et n'y ai pas trouvé trace de cette influence. Pouvez-vous me dire où elle se situe et me la décrire en termes harmoniques précis ?

Si par analogie on considère l'âge, alors il y a analogie entre Hampton Hawes et Cecil Taylor.

Ce qui est frappant, c'est que des centaines de musiciens de Jazz ont eu une vie très difficile, marquée par l'addiction et la maladie. Donc il y a aurait analogie entre des centaines de pianiste. Les points communs entre Duke Jordan, Phineas Newborn et Hampton Hawes ne me sautent pas à l'oreille. Encore moins ceux avec Michel WARLOP, ou Bill EVANS. J'arrête là ma liste à la Prévert.

Leur musique s'est trouvée altérée à la fin des années 60. Comment fixez-vous cette date pour Phineas Newborn ? Quelles sont les disques médiocres que vous lui reprochez entre 1969 et 1976 ?

Vous m'écrivez :

"Maintenant concernant Earl Hines, le boogie-woogie, Tea For Two et Hampton Hawes, je respecte votre point de vue, même si je ne le comprends pas."

C'est une réponse à une autre de vos affirmations :

"Soit, Earl Hines a peut-être enregistré trois boogie voire quatre ou plus. Là n'est pas l'essentiel, c'est de toute façon une quantité infinitésimale dans toute l’œuvre d'Earl Hines."

Les 4 "Tea for Two" de Tatum ont eu un impact considérable alors qu'ils consistuent une quantité infinitésimale de son oeuvre. Par contre, "Boogie Woogie On Saint Louis Blues" était le morceau de bravoure d'Earl Hines, et celui qu'il exécutait comme soliste dans les All-Star d'Armstrong entre 1948 et 1951.

Vous noterez qu'on dit souvent le "Tiger Rag d'Art Tatum" ce qui laisserait penser qu'Art TATUM ne jouait que ça. Pourtant, là encore, il ne s'agit sur la quantité que d'une partie infinitésimale de sa musique, lui qui jouait, tout comme Peterson ou Newborn, "du style tempos casse-cou avec 100 notes à la seconde". Toujours est-il que je connais maintenant la secte de ceux qui vous ont fourni mon adresse mail.
Gabriel
#5
07 mai 2019 6:48
Chacun pense ce qu'il veut de Phineas Newborn.

Mais comme le dit Antoine, on est en droit de trouver une certaine similitude entre le jeu de Hampton Hawes et Phineas Newborn.

Ils sont de la même génération (3 ans d'écart), ils ont en commun d'avoir été influencés par Bud Powell et on peut percevoir une influence d'Erroll Garner chez les deux. Ce qui est frappant c'est que tous les deux ont eu une vie très difficile, marquée par l'addiction et la maladie. Leur musique s'en est trouvée altérée à partir de la fin des années 60.

Si ce sont deux pianistes aux tempéraments différents, on ne peut nier ces points communs.

Pour ceux qui veulent aller plus loin Jean-Marc Berlière a écrit un très intéressant article sur Phineas Newborn dans le Bulletin du HCF N° 372 août-septembre 1989.



Maintenant concernant Earl Hines, le boogie-woogie, Tea For Two et Hampton Hawes, je respecte votre point de vue, même si je ne le comprends pas.

Vous noterez quand même que l'expression "the boogie-woogie piano of Earl Hines" laisse à penser qu'Earl Hines était un pianiste de boogie-woogie ...
Philippe PAGOT
#4
06 mai 2019 15:41
Que dit wikipedia :

"Hawes' own influences came from a number of sources, including the gospel music and spirituals he heard in his father's church as a child, and the boogie-woogie piano of Earl Hines."

Donc le boogie-woogie (on the Saint Louis Blues) est une des multiples influences. Et si vous écoutiez sa main gauche, vous vous rendriez compte que c'est exact. UNE parmi de MULTIPLES influences. Il y a je crois 4 versions de Tea For Two (peut-être 5 ou 6 avec les inédits). Avez-vous idée de l'impact qu'elle eurents sur des pianistes et non des moindres ?



Merci d'être un peu plus précis et de me dire quelle analogie (avec quel signifié) vous entendez entre Phineas Newborn (devant qui ou plutôt pour qui j'ai joué) et Hampton Hawes ?
Gabriel
#3
18 avril 2019 21:43
Soit, Earl Hines a peut-être enregistré trois boogie voire quatre ou plus. Là n'est pas l'essentiel, c'est de toute façon une quantité infinitésimale dans toute l’œuvre d'Earl Hines.



Quand à la comparaison avec Phineas Newborn, elle est peut-être discutable mais sûrement pas risible.
Philippe PAGOT
#2
17 avril 2019 21:36
"Humeur : L'article sur HAMPTON HAWES dans Wikipédia anglais indique que le « piano boogie woogie d'EARL HINES l'aurait influencé ». Ce pauvre EARL HINES n'a enregistré qu'un seul boogie dans sa longue et si riche carrière, mais ça suffit pour le cataloguer. Dans Wikipédia tout le monde peut écrire, cela donne une macédoine plus ou moins digeste dont il ne faut pas abuser."



Humeur : Earl Hines a enregistré plusieurs boogie woogie. Trois me viennent à l'esprit. On retrouve wikipedia dans votre blog. Quand à l'analogie entre Hamptown Hawes et Phineas NEWBORN, elle est risible.
antoine sabarros
#1
26 mars 2019 9:52
Bravo pour votre merveilleux site JAZZ !Un must à mon sens pour tous les aficionados.

Grace à vous je viens de découvrir Hampton Haws dont j'avais simplement entendu parler.

Son jeu me fait singulièrement penser à celui de Phineas Newborn .

Bien cordialement,

Antoine



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